Stabilité des ingrédients actifs dans les médicaments expirés depuis longtemps (article scientifique, Journal de Médecine, 2012 Cantrell et al.)

Article traduit en français:
Stabilité des ingrédients actifs dans les médicaments expirés depuis longtemps. Archives of Internal Medicine. Cantrell, Lee et collaborateurs. https://drive.google.com/file/d/1j0fJTimeoJxcxfDONo2YlgVtXczTfKlh/view?usp=sharing

@article{Cantrell2012fr,
author = {Cantrell, Lee and Suchard, Jeffrey R. and Wu, Alan and Gerona, Roy R. and Dufour, Olivier},
title = « {Stabilité des ingrédients actifs dans les médicaments expirés depuis longtemps.} »,
journal = {Archives of Internal Medicine},
year = {2021},
url = {https://drive.google.com/file/d/1j0fJTimeoJxcxfDONo2YlgVtXczTfKlh/view?usp=sharing},
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Article original en anglais:
« Stability of Active Ingredients in Long-Expired Prescription Medications »
https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/articlepdf/1377417/ilt120018_1685_1687.pdf

00:00 Début
00:35 Introduction
01:28 Méthode
03:20 Résultats
05:09 Commentaire

Stabilité des ingrédients actifs dans les médicaments expirés depuis longtemps. Archives of Internal Medicine.
2012
Cantrell, Lee et collaborateurs.

Il existe un débat concernant la puissance relative des médicaments au-delà de leur date d’expiration étiquetée.
Les médicaments expirés n’ont pas nécessairement perdu de leur puissance, puisque la date d’expiration n’est qu’une promesse que la puissance étiquetée durera au moins jusqu’à cette date.

Peuvent survenir des situations cliniques dans lesquelles des médicaments expirés peuvent être envisagés comme moyen de traitement, en raison du manque d’alternatives viables ou de problèmes financiers.
Des études en cours montrent que de nombreux médicaments conservent leur efficacité des années après leur date indiquée d’expiration.
Nous avons cherché à caractériser la puissance de certains médicaments sur ordonnance qui avaient expiré il y a des décennies.

Méthode

Huit médicaments expirés depuis longtemps, contenant 15 ingrédients actifs différents, ont été découverts dans une pharmacie de détails, dans leurs contenants d’origine non ouverts.
Tous avaient expiré 28 à 40 ans avant l’analyse.
Trois comprimés ou capsules de chaque médicament ont été analysés, chaque échantillon étant testé 3 fois pour chaque ingrédient actif étiqueté.
Aucune norme analytique pour l’homatropine n’a pu être trouvée, donc cet ingrédient n’a pas été testé.

Le contenu des comprimés ou des capsules a été dissous et sonicaté dans du méthanol, puis reconstitué dans un tampon d’analyse (10% de méthanol) et enfin, analysé avec un spectromètre de masse à temps de vol (Agilent Technologies) par chromatographie liquide (Agilent Technologies) utilisant une ionisation par électrospray dans les polarités négatives et positives.
[note du traducteur: un sonicateur est un appareil qui émet des sons afin de préparer une solution à partir d’un échantillon.
La chromatographie a été effectuée avec un gradient d’élution en utilisant une colonne Eclipse Plus C18 (Agilent).
L’analyse des données a été effectuée à l’aide de l’analyse qualitative et quantitative Mass Hunter (logiciel Agilent)
[note du traducteur: J’ai l’impression que cet article est, en partie, l’occasion d’un coup de pub pour l’entreprise Agilent].
La quantification a été effectuée par la méthode de dilution isotopique avec une courbe d’étalonnage à 6 points.

Résultats

Douze des 14 composés médicamenteux testés (c’est à dire 86%) étaient présents à des concentrations d’au moins 90% des quantités indiquées. Or, 90% des quantités indiquées, c’est la puissance minimale acceptable généralement reconnue. Trois de ces composés étaient présents à plus de 110% des quantités indiquées. Deux composés (aspirine et amphétamine) étaient présents en quantités inférieures à 90% des quantités indiquées. Un composé (phénacétine) était présent à plus de 90% des quantités indiquées sur 1 médicament testé, mais à moins de 90% dans un autre médicament (voire tableau).

Commentaire

La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis autorise des « variations raisonnables », de sorte que la plupart des médicaments commercialisés aux États-Unis contiennent 90% à 110% de la quantité de l’ingrédient actif annoncé sur l’étiquette.

Les dates d’expiration des médicaments varient généralement de 12 à 60 mois après leur production.
Cependant, les réglementations de la Food and Drug Administration (FDA) n’exigent pas de déterminer combien de temps les médicaments restent actifs après cela, ce qui permet aux fabricants d’établir arbitrairement des dates d’expiration sans déterminer la réelle stabilité, à long terme, du médicament.

Le Shelf-Life Extension Program (SLEP) vérifie la stabilité à long terme des stocks de médicaments fédéraux. 88% de 122 médicaments différents stockés dans des conditions environnementales idéales, ont vu leur date d’expiration prolongée de plus d’un an, avec une prolongation moyenne de 66 mois et une prolongation maximale de 278 mois.
Dans notre ensemble de données, 12 des 14 médicaments ont conservé leur pleine puissance pendant au moins 336 mois, et 8 d’entre eux pendant au moins 480 mois.
Compte tenu de notre incapacité à savoir si les contenants que nous avons testés avait été stockés dans des conditions idéales, nos résultats confirment l’efficacité de l’extension des dates d’expiration pour de nombreux médicaments. Efficacité qui a été démontrée par le Shelf-Life Extension Program (SLEP), de manière plus contrôlée.

Les 3 médicaments trouvés avec moins de 90% de leur puissance annoncée étaient l’amphétamine et l’aspirine, dans les deux échantillons testés, et la phénacétine dans 1 des 2 échantillons testés.
L’aspirine est connue pour se dégrader in vitro, mais il n’y a pas de telles données publiées concernant l’amphétamine.
Pour la phénacétine, la différence des résultats entre les 2 échantillons, pourrait être due à des différences d’emballage ou de stockage des contenants.
Mis à part l’aspirine, tous les ingrédients actifs du Fiorinal (butalbital, aspirine, caféine et phosphate de codéine) présentaient près de 100% des concentrations annoncées, tandis que ceux du Codempiral numéro 3 (phénacétine avec phosphate de codéine) étaient tous inférieurs à 95%.
La codéine mesurée dans le Codempiral numéro 3 étant également inférieure à celle du Fiornal (90% vs 99%), cela suggère que l’emballage de Codempiral était moins intact, laissant pénétrer l’humidité, ce qui peut favoriser l’hydrolyse.
Parce que la molécule de phénacétine possède un groupe amide, elle est plus sujette à ce type de dégradation que la codéine.

Trois médicaments ont été trouvés de manière inattendue dans nos échantillons à des puissances supérieures à 110% des quantités annoncées.
Certains échantillons peuvent avoir été produits avant 1963, lorsque des mesures de contrôle de la qualité, mandatés par la FDA, ont été instituées; cependant, la datation exacte de tous nos échantillons n’a pas été possible.
Alternativement, ces médicaments pourraient provenir de lots non testés par le fabricant. Ou encore, la précision des méthodes analytiques utilisées dans la présente étude pourrait être très différente de celle utilisée il y a des décennies.

L’enjeux le plus important de notre étude concerne les économies de coûts potentielles résultant d’une date d’expiration rallongée.
Chaque dollar dépensé dans le Shelf-Life Extension Program (SLEP) pour démontrer une stabilité de médicament plus longue que celle indiquée sur l’étiquette, permet d’économiser de 13$ à 94$.
Étant donné que les Américains dépensent actuellement plus de 300 milliards de dollars par an en médicaments sur ordonnance, l’extension des dates d’expiration des médicaments pourrait entraîner d’énormes économies sur les dépenses de santé.

En conclusion, cette étude fournit des preuves supplémentaires que de nombreux produits pharmaceutiques sur ordonnance conservent leur pleine puissance pendant des décennies au-delà de la date d’expiration annoncée par le fabricant. Compte tenu des économies potentielles, nous suggérons de reconsidérer les pratiques actuelles.

Source, références bibliographiques: https://drive.google.com/file/d/1j0fJTimeoJxcxfDONo2YlgVtXczTfKlh/view?usp=sharing

Série de toutes mes lectures d’articles scientifiques anglais traduits en français:
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Je suis le Docteur Olivier Dufour. (Montpellier)