Le Député Pierre Larrouturou a-t’il falsifié des articles scientifiques pour justifier des propos alarmants sur le réchauffement climatique?










Le Député Pierre Larrouturou a-t’il
falsifié des articles scientifiques pour
justifier des propos alarmants sur le
réchauffement climatique?

Dr Olivier Dufour [2]

Novembre 2019

Bonjour à tous. Bienvenue dans ce nouvel épisode de la série
« Réchauffement climatique ». Série dans laquelle nous essayons d’identifier
les fois où la peur du réchauffement climatique entraîne certains
passionnés à faire de mauvais choix pour la société.

Aujoud’hui, je voudrais vous parler d’une conférence donnée par M
Pierre Larrouturou en mars 2018, lors des mardis de l’espace des Sciences,

à Renne [3]. Une conférence qui s’appelle « Mille milliards pour le
climat? »

D’après wikipedia, M Pierre Larrouturou est ingénieur agronome de
formation [5]. Plus tard, il devint homme politique. Il est député européen
depuis le 2 juillet 2019.

Dans cette conférence, à 46m22s, M Larrouturou montre deux figures
aux spectateurs. Il présente ces figures comme extraites d’un article
scientifique publié en 2017 dans la revue « Environmental Research Letters »
[1].

Et d’ailleurs j’en profite pour remercier publiquement toutes les
personnes qui ont fait en sorte que cet article soit gratuit et en libre accès
total. Il faut bien souvent que la laboratoire du premier auteur paye une
somme conséquente pour ce faire. Pas toujours facile de trouver le
budget!

Cet article scientifique [1] fait des prédictions de température pour
2050 en France. Le problème, c’est que les figures que montre M
Larrouturou ne sont pas présentes dans l’article. A aucun moment
dans l’article on ne retrouve non plus ce découpage de la France
par des secteurs de couleurs, comme présenté par la figure de M
Larrouturou.

Les figures que projettent M Larrouturou ne sont pas présentes non
plus dans les documents supplémentaires fournis par les auteurs.

Les cartes de M Larrouturou ressemblent à la figure 1 de l’article
scientifique [1]. Sauf que la figure de M Larrouturou prend de nombreuses
libertés et transforme la figure 1 de manière arbitraire. La figure de M

Larrouturou n’a pas été examinée par des spécialistes du domaine; La
figure de M Larrouturou n’a pas été validée par la revue scientifique en
question. La figure de M Larrouturou prend la liberté de dessiner des zones
que les auteurs ont refusé de représenter. La figure de M Larrouturou
prend la liberté de dessiner des zones homogène alors qu’elle ne le
sont pas autant dans l’article. Les auteurs de la figure eux-mêmes
précisent qu’une trentaine de points (c’est à dire des échantillons)
ont été ignorés par l’algorithme de découpage. C’est comme ça
qu’ont disparues les données qui n’arrangeaint pas la figure de M
Larrouturou.

Maintenant, rendez-vous à 46m26s de la conférence de M Larrouturou.
M Larrouturou présente ces figures comme des études de météoFrance, et
nous parle des « ordinateurs de météo France, qui sont de plus en plus
précis dans les prévisons à court terme et à très long terme » C’est faux.
Cet article se sert de données collectées par météofrance entre 1950 et
2012. D’ailleurs, ce sont des données qui ont été homogénéisées. Je ne vais
pas approfondir ce point maintenant pour rester concis. Mais ceux qui ont
déjà homogénéisé des données savent qu’il est fort possible qu’en se
penchant en détail sur la méthode employée, on trouve des choix
discutables. Quoi qu’il en soit, la première auteure n’est pas une
scientifique de météoFrance. Quoi qu’il en soit, les trois premiers auteurs
ne sont pas des employés de météoFrance. Ce n’est pas une étude de
météo France. C’est une équipe de recherche qui a construit des modèles
mathématiques à partir de données météoFrance. Ce qui n’est pas la même
chose.

En plus, M Larrouturou oublie de préciser que les chiffres qu’il utilise
ont été produit pas un algorithme prédictif. Algorithme prédictif
sur lequel il n’a aucun recul car cela sort complètement de son
domaine de compétences. Les auteurs eux-mêmes attirent plusieurs fois
l’attention du lecteur sur la nécessité de lire leurs publications en amont
(notamment en 2016) pour avoir une idée précise de la technique
utilisée.

En plus, M Larrouturou a marqué « les records observés entre 1950 et
2005″. C’est faux. Ce ne sont pas des observations. Ce sont des
prédictions. Je répète pour que ce soit bien clair. Les chiffres que présente
M Larrouturou dans la figure à gauche ne sont pas des observations. Ce
sont des prédictions, issues de calculs successifs et discutables. Allez-lire
l’article pour comprendre en détails [1].

Plus préoccupant encore, la figure de droite de M Larrouturou est
complètement absente de l’article scientifique en question. Je n’ai trouvé
ces chiffres là nulle part dans l’article. J’aimerais bien savoir si M
Larrouturou sort ces chiffres de son chapeau. Si vous cherchez « 48,6˚ C »,
nulle part dans l’article. Si vous cherchez « 54.4˚ C », nulle part dans l’article.
Si vous cherchez « 51.6˚ C », nulle part dans l’article. Si vous cherchez
« 50.4˚ C », nulle part dans l’article. Si vous cherchez « 55.3˚ C », nulle part
dans l’article.

Pire, encore, l’article conclut que « sur la base de leur simulation », les
valeurs maximales de température le jour POURRAIENT dépasser 50˚ C à
la fin du 21ème siècle, donc plutôt 2100! M Larrouturou affiche des
résultats qui ne collent pas à cette conlusion : il met des résultats

supérieurs à 50˚ C d’ici 2050. Les auteurs ajoutent qu’outre les erreurs de
leur modèles, il faudrait aussi prendre en compte les évolutions de la de la
végétation (leur impact ayant été soulevé par Stéfanon et al 2012
[4]).

Bien sûr, nous accorderons le bénéfice du doute à M. Larrouturou.
Nous exclurons a priori qu’il fut animé d’une volonté de manipuler l’opinion
publique. Nous lui demanderons à l’avenir d’être plus vigilant. Peut-être de
laisser certains sujets à des spécialistes, puisque je rappelle que M
Larrouturou n’a pas fait de doctorat ni publié d’article de recherche
en climatologie. Et j’aimerais bien qu’il nous explique d’où sort la
figure de droite. S’il vous plaît, partagez cet article et cette vidéo
sur Facebook et Twitter. Faites connaître cette vidéo afin que M
Larrouturou aie l’opportunité de s’expliquer. Cordialement Dr Olivier
Dufour

Références bibliographiques


[1]   
Margot Bador, Laurent Terray, Julien Boé, Samuel Somot,
Antoinette
Alias, Anne-Laure Gibelin, and Brigitte Dubuisson. Future summer
mega-heatwave and record-breaking temperatures in a warmer
france climate. Environmental Research Letters, 12(7) :074025, jul
2017. https://doi.org/10.1088%2F1748-9326%2Faa751c.


[2]   
Olivier Dufour. Reconnaissance automatique de sons
d’oiseaux et d’insectes. PhD thesis, La Réunion, 2016.
http://www.theses.fr/2016LARE0005.


[3]   
Laurent Labeyrie et Pierre Larrouturou. Mille milliards pour le
climat? https://youtu.be/PSLM3sN9inA.


[4]   
Marc Stéfanon, Philippe Drobinski, Fabio D’Andrea,
and Nathalie de Noblet-Ducoudré. Effects of interactive
vegetation phenology on the 2003 summer heat waves. Journal
of Geophysical Research : Atmospheres, 117(D24), 2012.
https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1029/2012JD018187.


[5]   
Wikipédia. Page wikipédia pierre larrouturou.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Larrouturou.


1 commentaire

Samuel Somot · 20/04/2021 à 14 h 08 min

Sur cette communication, la plus grosse erreur de M. Larrouturou est probablement d’avoir dit que les valeurs records pourraient être atteintes en 2050 alors que l’article précise bien qu’on se situe dans le scénario du pire (celui qu’on espère éviter) et en 2100. En dehors de ça, le zonage et les valeurs des records peuvent être déduites de manière assez directe de l’article initial. A noter néanmoins que nous sommes plus confiants en la valeur de 50°C que 55°C en tant qu’auteurs de l’article. Pour information, M. Larrouturou a extrait la carte d’un article du Journal Du Dimanche qui faisait la même erreur sur la date (2050 au lieu de 2100): https://www.lejdd.fr/Societe/en-2050-des-pics-a-55degres-dans-lest-et-le-nord-3410342
Pour une version vulgarisée et très fidèle de l’article scientifique original, je conseille la lecture de d’un article du Monde paru en 2017 et écrit par Pierre Le Hir, https://www.lemonde.fr/climat/article/2017/07/21/la-france-pourrait-connaitre-des-pics-de-chaleur-de-plus-de-50-c-a-la-fin-du-siecle_5163558_1652612.html

Pour moi, cet exemple illustre la difficulté de laisser les médias être les traducteurs entre la recherche scientifique et les hommes politiques ou encore le problème du manque criant des journalistes scientifiques dans les médias nationaux pouvant amener des erreurs d’interprétation.
Il montre aussi l’importance que les articles scientifiques soient disponible gratuitement pour n’importe quel citoyen surtout si la recherche est issue de laboratoires publics.

Laisser un commentaire